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Son identité, sa démarche
De 91 à 2005 Rappels, constatations et réactions
Adesso e Sempre est née dans la tête de 10 lycéens, il y a 14 ans. Sortis des cours de théâtre du lycée Molière à Paris. Poussés "ailleurs" par la DRAC Ile de France, qui avait déjà bien assez à faire avec « ses » compagnies, ils prennent la direction de Clermont-l’Hérault où le pari de rencontrer les Clermontais autour du Théâtre les attendait, ainsi qu’une maison communautaire.
Le groupe a bien sûr fini par exploser après avoir atteint tout de même quelques objectifs. Adesso et quelques membres fondateurs demeurent : Julien Bouffier , metteur en scène, Emmanuelle Debeusscher à la scénographie, Claire Engel, Ludovic Abgrall, comédiens.
Une quinzaine d'années, de rencontres, de créations, de risques plus tard...
Après cinq ans de résidence-cocon à Sète, « d'amour vache » en Languedoc-Roussillon, d'efforts de développement au plan national, de belles rencontres, de promesses...
Avignon 03 : l'électrochoc. Vision "orwelienne" d'une société sans culture, d'une humanité obèse et trépanée.
Depuis, tout est autrement dans notre compréhension de l'artiste, de son rôle, dans notre quête... ou plutôt, ce que l'on pressentait, « enfant », comme une urgence instinctive, nous a giflé de trahison...
Nous voulons dépasser, tout en répondant à ces nécessités, les seules quêtes de reconnaissance institutionnelle, de survie économique.
Avoir libre accès à la tour d'ivoire - sortir, rentrer : exploiter la machine pour participer à l'émancipation de l'imaginaire collectif et individuel dans un souci démocratique.
L'instinct de résistance nous a poussé à grandir, sans doute. D'autres sont déjà passés par là.
Concrètement, voici l'arête dorsale de notre projet de troupe aujourd'hui : , création plateau d'une oeuvre contemporaine ou classique qui offre un champs d'investigation artistique et un point de vue sur l'homme, qui nous permettent de jouer avec la fiction.
Nous choisissons des textes qui pourront être des moteurs à exploration sur le rapport au spectateur. Les textes choisis posent avant tout la question de la représentation de la fiction, et ensuite, l'intérêt de la fable.
En plus des répétitions liées à la création, des projets « de circonstance », naissent hors plateau. Boulimiques de création, de relation à l'autre, ils ont pour but de dépasser le cadre de scène, de créer une rencontre inouïe qui frotte le théâtre à la vie quotidienne, pour que fiction et réalité individuelle et collective se questionnent.
Cette activité de création est relayée par un travail de médiation en direction des publics, à la fois pédagogique et de sensibilisation.
Ce projet sera à terme porté par une équipe permanente, polyvalente et solidaire, dont nous partageons l'humanité et aimons le talent.
Avec elle, nous voulons être acteur de notre métier, de notre place dans la société.
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Le spectateur
Je ne sais pas ce que le spectateur vient chercher au théâtre.
« Il vient se divertir » nous dit-on souvent. « Il a besoin d'échapper à son quotidien ».
Donc le théâtre serait comme la télévision... là pour anesthésier les plaies du quotidien, les panser, un temps...
Et si plutôt on « pensait » ces plaies, on les triturait, on les disséquait pour avoir mal, pour ne plus accepter ses défaites.
Je n'envisage pas un théâtre masochiste où le spectateur souffre mais où il est acteur, libre de choisir sa réalité.
Mon arme, c'est la rêverie :
Agir poétiquement
En parlant d'aujourd'hui.
Accepter de ne pas tout comprendre, d'être bouleversé formellement.
Le public » n'est pas une entité identifiable. Il est multiple, vivant et paradoxal.
Comment le rencontrer ?
Comment donner à l'individu l'envie d'aller à la rencontre de l'autre et de soi-même ?
Comment déclencher le désir pour l'oeuvre poétique ?
Comment le théâtre peut-il faire déployer les forces de l'imaginaire ?
Comment donner du plaisir là où on l'attend pas ?
Comment parler à celui qui ne connaît pas, qui n'a pas envie, qui éventuellement même a peur ?
Doit-on travailler essentiellement des textes politiques ?
Doit-on continuer à monter des œuvres classiques ?
Doit-on dans nos spectacles dénoncer...?
Doit-on divertir ?
Doit-on faire plaisir ?
Doit-on être humble ou ambitieux dans notre relation à la communauté des hommes ?
Nous ne savons pas. Et en même temps si. Probablement tout à la fois.
Julien Bouffier
Metteur en scène et pédagogue
Exigence et humanité
Dans la société que l’on cherche à nous imposer, où la mondialisation se traduit par une invasion brutale de modes de consommation et de standards, le théâtre fait figure d’ovni. Il nécessite l’exigence et l’humanité, de la part de l’artiste, sur le fond et sur la forme, sur sa relation à l’autre, et également de la part du spectateur : il doit être acteur de son propre voyage à travers l’œuvre, vers l'artiste vivant, par
un travail volontaire de perception, d’abstraction, de projections imaginaires, de connexion avec la communauté des hommes. Encore faut-il qu’il en ait envie.
Le spectateur
Julien Bouffier questionne le rapport au spectateur dans chacune de ses créations, soit par la place qu’il lui donne dans l’espace (rapport de proximité, d’éloignement, axes du regard…), soit par la perte de ses repères en jouant avec la réalité et la fiction, soit par une démultiplication des signes pour assouplir, voire détourner la codification de la représentation théâtrale.
Chacune des créations apporte un faisceau d’indices qui permet d’affiner et d’affirmer un langage artistique révélant par la même occasion de nouvelles zones à défricher.
Le regard naif
" Quelle que soit l’œuvre choisie, pour l’aborder et la rendre, je choisis la posture de l’enfance pour (r)éveiller la curiosité (la mienne et celle de l’autre), pour (ré)apprendre à écouter, à regarder. Je cherche à déclencher l’appétit, à faire sentir au spectateur que le théâtre est un des arts nécessaires à son émancipation, et sans doute l’un des derniers lieux, l’une des dernières occasions de rassemblement. Un espace de résistance, d’humanité où l'on peut accepter de ne pas tout comprendre, d'être bousculé par une rêverie, pour lire le monde autrement. J'ausculte le couple acteur/spectateur, le lien entre "l’actif" et le "passif". Chacun est-il à l’endroit où il croit être ? Je dé-et re-construit le mensonge sur le plateau, je cherche à conjuguer le théâtre au présent, celui de l’acteur-énonciateur mêlant sa réalité d’humain à celle de la fiction.
Le vivant
J'utilise la vidéo depuis 13 ans par amour de l’image et pour le trouble qu’elle provoque en moi : l’écran est une peau morte, qui sait, malgré tout, " faire croire ", tant l’image fascine. Le théâtre est le lieu du vivant. Et pourtant… Le mariage entre théâtre et vidéo induit deux espaces poétiques différents et donc deux temporalités différentes. Quel temps est plus immatériel, celui du plateau ou celui de la vidéo ?
Quel temps constitue-t-il plus notre présence?
Comment sommes-nous présent en tant que spectateur ? En tant qu'acteur ? Qu'est ce qu'être là dans cette société où "vendre", "servir", "consommer" prévaut sur "fabriquer", "créer", "être" ?
Une troupe
Si le plateau et la vidéo révèlent l'intérieur de ma tête, c'est parce qu'une équipe fidèle m'entoure depuis de nombreuses années. Nous travaillons comme une troupe permanente, et je défends chèrement cette position. Notre statut d'intermittent, faute de mieux, nous le permet. Le mieux serait de vivre pleinement de nos métiers et de manière pérenne."
Julien Bouffier dirige la compagnie Adesso e Sempre depuis sa création en 1991 en Languedoc-Roussillon. Comédien et metteur en scène, il a été formé par Jean-Michel Winling, Philippe Girard, Redjep Mitrovitsa et Yves Steinmetz. Depuis 91, il a monté Angèle Box de Durringer, Squatt de Jean-Pierre Milovanoff, Suerte de Claude Lucas, Narcisse Autobiographie - commandée à Bernard Pingaud, Joseph Danan, Jean-Marc Lanteri, Hernani de Victor Hugo, la nuit je mens inspirée de l’œuvre de Sophie Calle, le début de l'A. de Pascal Rambert, Nos Nuits Américaines, dyptique sur la désillusion du rêve américain (1ère partie l'Echange de Paul Claudel, 2ème partie Remember the Misfits), Perlino Comment de Fabrice Melquiot, les Yeux Rouges de Dominique Féret .
En dehors des plateaux de théâtre, il crée des performances (Voices de JY Picq, Ma chambre d'incertitude...), réalise des objets vidéo (Vraiment, la Sékence du Spektateur...), travaille son art en entreprise (projet Mémoire/public EDF-GDF...)
En 1997, il se consacre à Suerte de Claude Lucas qui obtient le prix de la jeune création au dernier Festival d’Alès. C'est ce spectacle "peep-show" qui le distinguera au-delà de la région Languedoc-Roussillon. L'état reconnaîtra son travail et signera une convention (reconduite à ce jour jusqu'en 08) avec la compagnie, qui est accueillie dans le même temps par la Scène Nationale de Sète jusqu'en 04.
En 2002, Il crée avec trois autres compagnies: La Camionetta, Patrice Barthes Cie (danse) et Anabase (théâtre) un collectif de compagnies - Changement de Propriétaire (CDP) - qui investit un lieu industriel à Montpellier.
A partir de septembre 2006, il sera en résidence avec sa compagnie au Théâtre des Treize Vents, Centre Dramatique National de Montpellier-Languedoc-Roussillon.
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